Shigeo Otake
Nel mezzo del cammin

-
Palazzo Zon, Venezia
Curated by Franck Gautherot & Seungduk Kim
Shigeo Otake, "Queen of Wands", 2010. Courtesy the artist.
Shigeo Otake, "Visit", 1982. Courtesy the artist.

Shigeo Otake (né en 1955 à Kobe, Japan). 


Avec le généreux soutien d'Asia Pacific Society for Consortium Museum et Marguo


 

Le Consortium Museum a le plaisir d'annoncer une exposition en deux parties consacrée à l'artiste japonais Shigeo Otake, marquant sa première présentation institutionnelle majeure en Europe. Orchestré en deux chapitres en 2026, le projet suit l'arc narratif de la première ligne de l'Enfer de Dante : "Nel mezzo del cammin di nostra vita mi ritrovai per una selva oscura" (Au milieu du chemin de notre vie je me retrouvai dans une forêt obscure).

Chapitre I : Venise — "Nel mezzo del cammin"

Présenté dans un palais vénitien du XVIIe siècle du 4 mai au 28 juin 2026, ce premier chapitre propose une immersion dans l'œuvre de Shigeo Otake. À découvrir pendant la semaine d'ouverture de la 61e Biennale de Venise, l'exposition déploie près de trente œuvres réalisées entre 1996 et 2025. Peinture minutieusement travaillée, compositions foisonnantes peuplées de créatures hybrides, prolifération de formes organiques et de champignons énigmatiques : l’œuvre de Shigeo Otake dialogue subtilement avec la peinture italienne du Trecento et Quattrocento, dont elle réactive les puissances narratives et symboliques à travers une sensibilité contemporaine japonaise.

Chapitre II : Dijon — "Per una selva oscura"

Le voyage se poursuit en juillet à Dijon dans "L'Almanach 26", une exposition biennale du Consortium Museum. Intitulé "Per una selva oscura", ce second chapitre explore les origines fondamentales de l'œuvre de Shigeo Otake. Alors que le chapitre vénitien met en évidence son expertise technique, l'exposition de Dijon révèle des œuvres plus anciennes, constitutive de son début de carrière, réunissant une sélection de peintures historiques ainsi qu'une centaine de dessins, d'esquisses préparatoires et de storyboards.

L’œuvre de Shigeo Otake s’illustre par sa singularité à faire coexister de multiples réalités : entre Occident et Orient, tradition et contemporain, nature et culture, ordinaire et extraordinaire. Ses peintures mettent en scène des êtres hybrides — entre humains, faune et flore — dans des paysages qui nous apparaissent d’emblée familiers.
Ce sentiment de “déjà-vu” procède des réminiscences liées à nos connaissances intimes de la Renaissance italienne, du surréalisme international, des compositions de Hieronymus Bosch et de Pieter Bruegel l’Ancien, tout en convoquant une multitude d’autres références : littéraires, fongiques, folkloriques, religieuses, etc. La multiplicité des regards que nous posons sur ses peintures en démultiplie les lectures. Si certains y voient des paysages métaphysiques empruntés à Chirico, peuplés de figures rappelant Victor Brauner, pour d’autres, c’est l’esprit de Paolo Uccello qui hante ces compositions.

Shigeo Otake réussit avec brio cet exercice d’équilibriste : convoquer des influences artistiques tout en imposant une touche personnelle, immédiatement reconnaissable. C’est durant sa formation à la Kyoto City University of Arts qu’il étudie, entre 1974 et 1981, la fresque et la tempera dans l’atelier de Koji Yamazoe, bénéficiant alors d’un engouement généralisé pour la Première Renaissance italienne. Comme ses prédécesseurs, il entreprend un “Grand Tour” et visite, entre autres, la France, les Pays-Bas, l’Espagne, la Grèce, la Suisse et l’Italie. Ces deux années de pérégrinations, avant l’obtention de sa licence en 1979, lui permettent d’approfondir sa compréhension des techniques classiques européennes et de se confronter aux spécificités artistiques de chaque pays et de chaque période. Mais surtout d’accumuler un nombre incalculable de souvenirs, de tableaux, de détails qu’il citera littéralement en les incorporant à ses compositions méticuleuses.

La pratique artistique de Shigeo Otake est irriguée par son intérêt pour la vie fongique. Dans ses écrits, il relate la découverte, en 1985, d’un champignon sauvage de près de 40 cm de hauteur, événement fondateur de sa passion et de son expertise en mycologie. Depuis, il consacre une part importante de ses recherches à l’étude des cordyceps, champignons parasites qui infectent les insectes et les conduisent à la mort. Les cordyceps ressurgissent dans son travail pictural ; leur origine est développée dans une nouvelle, The Birth of Fungal Generation, rédigée au début des années 2000 par Otake. Dans ce texte, qu’il prolonge ensuite par plusieurs séries de peintures, il imagine un futur hypothétique où les cordyceps mortels ont asservi les organismes et transformé les humains en êtres hybrides. Shigeo Otake ne se limite pas à représenter le vivant : il en propose une reconfiguration. Lorsque nous dépassons l’attrait pour la douceur de ses couleurs et la sympathie que nous inspirent ces petits êtres, les scènes qui se jouent sous nos yeux se chargent d’une forme d’inquiétante étrangeté.

“Mon objectif artistique a été d'estomper la frontière entre le quotidien et le fantastique, en peignant un univers où le banal et l'extraordinaire coexistent.”
— Shigeo Otake

 

Informations pratiques

• Calle Zon 6512, Venezia, Italia
• Ouvert sur rendez-vous : communication@consortiummuseum.com
• Exposition du 4 mai au 28 juin 2026