Cooper Jacoby
L'Almanach 26 : Cooper Jacoby

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Le Consortium
Curated by Stéphanie Moisdon

Cooper Jacoby (1989, Princeton, États-Unis)


 

Cooper Jacoby est né en 1989 à Princeton (États-Unis). Il vit et travaille à Paris. 

Depuis 2019, la pratique de Jacoby mobilise l’intelligence artificielle non comme objet de démonstration technologique, mais comme synthétiseur indiscipliné. Il dissèque les infrastructures et les interfaces qui structurent notre monde contemporain, en révélant les mécanismes souvent invisibles par lesquels les imaginaires technologiques façonnent nos environnements. 
À cette lecture critique de la technologie, il associe une dimension organique et corporelle : fragments du corps humain, dents, moulages d’oreilles de vache dans Twisted Pairs (2025), matériaux prélevés sur le vivant. 

Ces sculptures s’imbriquent les unes dans les autres, reliées par un cordon de fil barbelé imitant les téléphones muraux, et émettent par intermittence un sifflement à destination des autres sculptures — signaux perdus dans un réseau interrompu.
Cette série prend appui sur un fait historique méconnu : lors de la colonisation des dernières frontières des États-Unis au XIXe siècle, des fermiers, privés de tout réseau téléphonique, transformèrent des kilomètres de fil barbelé — initialement destiné à clôturer les pâturages — en lignes de transmission, bouleversant durablement la vie sur la frontière. 
Jacoby y lit une préfiguration troublante de notre présent : celle d’une logique d’accaparement infrastructurel qui trouve aujourd’hui son équivalent dans la greffe des centres de données aux centrales électriques.

Dans l’œuvre sculpturale Model Collapse, deux répondeurs téléphoniques jouent entre eux à une version générée par l’IA du “téléphone arabe”. Se répondent alors de manière absurde, hallucinante et répétitive le jargon de l’entreprise et celui des rêves. 
Ce modèle linguistique est fondé sur deux corpus : les milliers d’e-mails internes de l’entreprise Enron, à l’origine d’un des plus grands scandales financiers au début des années 2000 et les archives d’une des plus grandes collections publiques de récits de rêves. 
Dans l’interaction entre les répondeurs, se nourrissent mutuellement le jargon managérial, les discours de performance et de rentabilité, les associations libres, les lapsus et les souvenirs déformés. 

Dans l’ensemble de sa production récente, Cooper Jacoby met en œuvre des machines dont la syntaxe délire, et montre comment les systèmes économiques et les algorithmes d’IA reposent sur des mécanismes de prédiction, de répétition, d’auto-illusion. De cette interaction émerge un autre langage psychotique, déconnecté de la réalité, uniquement nourri de ses propres projections.