Shahryar Nashat
L'Almanach 26 : Shahryar Nashat

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Le Consortium
Curated by Stéphanie Moisdon
Shahryar Nashat, “L’Almanach 26”, Consortium Museum, Dijon, 2026.
Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.
Shahryar Nashat, “L’Almanach 26”, Consortium Museum, Dijon, 2026.
Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.
Shahryar Nashat, “L’Almanach 26”, Consortium Museum, Dijon, 2026.
Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.
Shahryar Nashat, “L’Almanach 26”, Consortium Museum, Dijon, 2026.
Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.
Shahryar Nashat, “L’Almanach 26”, Consortium Museum, Dijon, 2026.
Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.
Shahryar Nashat, “L’Almanach 26”, Consortium Museum, Dijon, 2026.
Photo : Rebecca Fanuele © Consortium Museum.

Shahryar Nashat


 

L’œuvre de Shahryar Nashat explore les relations entre corps, objets et images à travers des dispositifs incluant vidéo, sculpture, photographie. Il s’intéresse particulièrement aux fluides corporels, au désir, à la fragilité humaine et à la manière dont les technologies transforment notre perception du corps et de l’intimité, favorisant la fragmentation et la distanciation.

Pour son exposition au Consortium Museum, l’artiste présente un ensemble d’œuvres récentes mises en tension, où circulent toutes les dimensions formelles, esthétiques et politiques de son travail ; où le corps n’est pas héroïsé mais administré, pris dans un réseau technique et symbolique, de captation, de contrôle, devenu un objet de gestion par la sexualité, par la productivité ou la santé. 

Dans Bleeding Precious, réalisée en 2024 à l’occasion de sa première grande exposition personnelle à l’Istituto Svizzero de Rome, Nashat met en évidence les liens visuels et conceptuels entre la signification du sang dans la théologie chrétienne et la représentation fragmentée des corps et de leurs fluides. 
Ces œuvres constituent également une réflexion sur le désir et le dégoût, sur les cycles de la vie et de la mort, ainsi que sur l’acte de création artistique lui-même.
L’installation consiste en un réseau de canaux en résine acrylique rose et en fibre de verre dans lesquels circule un liquide opaque. L’emploi de matériaux synthétiques, associé aux sons organiques qui accompagnent l’œuvre — déglutition, gémissements —, crée une expérience ambiguë, entre matérialité et corporéité, un sentiment éphémère, fragile, qui renvoie à la condition biologique (circulation, digestion, évacuation) mais qui pose aussi des questions formelles de fabrication d’une image ou d’un objet par différentes opérations de transformations et de transferts. 

Dans Lover_00.JPEG (2022), Nashat projette sur un grand écran LED une exploration du corps comme réceptacle de flux, entre érotisme et regard clinique. 
Puisant ses images sur YouTube, TikTok ou des sites pornographiques, l’artiste les retravaille afin de “révéler la brutalité d’un geste simple et intime : l’échange de salive entre la bouche d’un travailleur du sexe et celle d’un autre. Pas seulement l’acte érotique, mais aussi le fait que la salive pénètre physiquement dans le corps de l’autre individu. D’où la deuxième partie, qui est essentiellement un point de vue subjectif de la salive à travers le tube digestif” (entretien avec Alessandro Di Pietro, Blood Most Precious, Istituto Svizzero, Rome). 

L’artiste s’inspire également des “4 Saliva Studies” (1971) études performatives de Vito Acconci, dispositif expérimental où la salive circule en boucle, de l’intérieur à l’extérieur, de l’invisible à l’abject. Si l’œuvre d’Acconci explore un corps encore saisi dans son immédiateté biologique — un corps-processus où les fluides, la salive et les fonctions organiques deviennent le matériau même de l’œuvre — Shahryar Nashat déplace cette logique vers un régime contemporain profondément transformé, où le corps n’est plus expérimenté dans son intériorité mais à travers ses surfaces, ses fragments et ses médiations techniques. Nashat montre ici un corps déjà pris dans des dispositifs de visibilité, de technologie et de normalisation, c’est-à-dire un corps devenu image autant que matière.