Shigeo Otake
L'Almanach 26 : Shigeo Otake "Per una selva oscura"
Shigeo Otake (1955, Kobe, Japon)
Soutiens principaux : Asia Pacific Society for Consortium Museum, Daniel Xu & Flora Huang Foundation, Chloe Chiu & Liu Bin Ouyang Feng et Marguo
Le Consortium Museum organise une exposition en deux parties consacrée à l’artiste japonais Shigeo Otake, marquant sa première présentation institutionnelle majeure en Europe. La première a été présentée à Venise du 4 mai au 28 juin 2026, la seconde au Consortium Museum, dans “L’Almanach 26”.
L’œuvre de Shigeo Otake s’illustre par sa capacité singulière à faire coexister de multiples réalités : Occident et Orient, tradition et contemporain, nature et culture, ordinaire et extraordinaire. Ses peintures mettent en scène des êtres hybrides — entre humains, faune et flore — dans des paysages qui nous apparaissent d’emblée familiers. Ce sentiment de “déjà-vu” procède des réminiscences liées à nos connaissances personnelles de l’histoire de l’art.
Par exemple, l’œuvre Kamogawa Spring Scenery présente une promenade d’êtres hybrides au bord de la rivière Kamogawa, à Kyoto, tout en reprenant les postures des personnages des toiles de Georges Seurat dans Une baignade à Asnières (1883-1884) ou Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886). Shigeo Otake réussit avec brio cet exercice d’équilibriste : convoquer des influences artistiques tout en imposant une touche personnelle, immédiatement reconnaissable. La multiplicité des regards que nous posons sur ses peintures en démultiplie les lectures. Si certains y voient des références évidentes au surréalisme, avec des architectures issues des paysages métaphysiques de Giorgio de Chirico — à l’instar de Night of the Great Tide — et des figures rappelant celles de Victor Brauner, pour d’autres, c’est l’esprit de Paolo Uccello — comme dans Visit — et des peintres européens de la Renaissance qui hante ces compositions. Dans plusieurs peintures, comme Inset Sumo et Amanita Club, nous retrouvons le sol en damier, poncif des scènes de genre de Johannes Vermeer.
L’influence de la peinture européenne dépasse les simples clins d’œil iconographiques : Shigeo Otake fait sienne également des techniques héritées de la Renaissance italienne, telle que la tempera, qu’il apprend dans l’atelier de Koji Yamazoe lors de sa formation à la Kyoto City University of Arts de 1974 à 1981.
Le peintre japonais convoque dans ses réalisations une multitude de références : littéraires, folkloriques, religieuses, mycologiques, etc. Sa pratique artistique est notamment irriguée par son intérêt pour la vie fongique. Depuis 1985, suite à sa découverte d’un champignon sauvage de près de 40 cm de hauteur, il consacre une part importante de ses recherches aux champignons parasites qui infectent les insectes et les conduisent à la mort. À partir de ces études, il intègre la représentation de ces éléments dans ses peintures et imagine un futur hypothétique où ces champignons mortels ont asservi les organismes et transformé les humains en êtres hybrides.
Shigeo Otake ne se limite pas à représenter le vivant : il en propose une reconfiguration. Lorsque nous dépassons l’attrait pour la douceur de ses couleurs et la sympathie que nous inspirent ces petits êtres, les scènes qui se jouent sous nos yeux se chargent d’une forme d’inquiétante étrangeté.